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Confinement et violences conjugales : la communauté LGBT, les oubliés de l’histoire

Depuis un mois, nous sommes tous confinés chez nous. Certains sont mieux lotis que d’autres en matière de logement et on fait comme on peut, bon gré mal gré. Mais un phénomène malheureusement trop courant nous inquiète autant voire plus que le coronavirus. Les violences conjugales ont augmenté de façon exponentielle. 

 

 

Le 16 mars dernier, la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes a alerté sur le risque du confinement à domicile comme terreau propice aux violences conjugales. L’enjeu est d’importance : il s’agit de mieux protéger et de soutenir au mieux les victimes dans un contexte qui ne rend pas possible les déplacements physiques. S’il est important d’en parler, on oublie parmi les victimes celles qui font parties de la communauté LGBT.

 

Les chiffres de violences conjugales en hausse depuis le confinement 

Le 29 mars, la Secrétaire à l’Egalité femmes hommes Marlène Schiappa a avancé sur Europe 1 les premiers chiffres sur l’augmentation des violences, et ils font froid dans le dos :

« [Il y a eu] +32% de signalements de violences conjugales en zone gendarmerie en une semaine, et +36% dans la zone de la préfecture de police de Paris en une semaine également. » 

On frissonne en pensant à ceux qui sont coincés chez eux et qui ne peuvent s’échapper, par peur de leur bourreau, de laisser leurs enfants à la maison ou encore de se retrouver dans un dortoir avec d’autres personnes en pleine période de pandémie. Le Covid 19 fait donc bien des victimes. Pour autant, ces chiffres concernent les violences faites aux femmes et enfants. On oublie que les hommes peuvent être aussi battus par leurs conjointes. Et que les couples LGBT peuvent être touchés par les violences conjugales également. Pourtant des chiffres existent, même si on communique peu dessus. 

Peu étudiée, et encore moins médiatisée, les violences conjugales, qu’elles soient physique, psychique, sexuelle ou morale, dans les couples homosexuels sont bel et bien une réalité. En 2013, 11% des gays et lesbiennes et 20% des bisexuels déclaraient en avoir été victimes, contre 7% des hétérosexuels, révèle une étude d’AGIR, une structure d’aide spécialisée. Plus prudentes, les associations LGBT s’accordent à dire que tous les types de couples sont pareillement concernés par le problème.

 

 

Si le phénomène est minoritaire, il n’est pas isolé. L’enquête « Virage » de l’Institut national d’études démographiques montrait en 2015 que 1% des victimes de violences sexuelles dans un couple seraient lesbiennes, gays ou bis. Selon le député, cela pourrait correspondre à 3 750 personnes par an.

 

Un plan d’urgence mis en place 

Pour faire face à ce déferlement de violence observé depuis un mois à travers la France, et même dans le monde (chaque pays a son lot de malheurs), des actions sont mises en place. Marlène Schiappa a annoncé dans un tweet les nouvelles mesures : 

 

 

Des numéros d’urgence

De plus, il est possible de joindre le 3919 ou d’appeler le 17. Les victimes peuvent aussi joindre la police ou le centre d’appel par mail et SMS. La plateforme http://arretonslesviolences.gouv.fr/ est toujours active et accessible 24h/24. La personne peut alerter via un tchat soit un gendarme soit un policier formé en fonction de son lieu de domicile. L’accès à la plateforme peut être effacé pour ne pas mettre en danger la personne.

La pré-plainte en ligne : https://www.pre-plainte-en-ligne.gouv.fr/ : ce service permet d’effectuer une déclaration pour des faits dont la personne est directement et personnellement victime.

L’accessibilité du numéro d’écoute, de conseils et d’orientation le 3919 est réduite mais maintenue. Le 3919 est accessible tous les jours, de 9h à 22h en semaine et de 9h à 18h les week-ends et jours fériés. 

 

 

Il ne s’agit pas d’un numéro d’urgence. Le numéro 17, qui met en relation avec les forces de l’ordre, doit être privilégié. Il est aussi possible de donner l’alerte aux forces de l’ordre par SMS au numéro 114.

Le Mouvement français pour le Planning familial reste accessible via un numéro national, anonyme et gratuit, le : 0800 08 11 11. Il s’agit du numéro de la plateforme nationale Sexualités-contraception-IVG qui peut aussi accompagner des situations de violences conjugales et/ou sexuelles.

Pour les enfants aussi, il y a un service spécial mis en place. En cas d’urgence : le Service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger Allô enfance en danger. Le numéro 119 reste accessible 24h sur 24 / 7j sur 7 pendant cette période de crise sanitaire. Les temps d’attente peuvent être plus longs, et les appels d’enfants et d’adolescents sont prioritaires.

Il s’agit d’un numéro gratuit, accessible depuis tous les téléphones, sur les plages horaires 7h-22h. https://www.allo119.gouv.fr/

 

 

Conseils pratiques en cas de violences conjugales en période de confinement 

Si vous êtes victime : évitez de téléphoner au moment d’une mise en danger potentielle et effacez les traces de votre passage sur Internet et/ou dans votre journal d’appels du téléphone portable.

Restez calme et appelez le 17 en cas d’urgence ou bien le 3919 ou encore le numéro des associations d’aide aux victimes lorsque vous êtes moins susceptible d’être vu.e ou entendu.e par votre conjoint violent.e. Il est aussi possible de joindre par SMS le numéro d’urgence 114.

En cas d’urgences, appelez également le 115 qui vous proposera un hébergement d’urgence.

Si vous êtes témoin en faisant notamment partie du voisinage : appelez le 17 en cas d’urgence ou bien appelez le 3919 si besoin de conseils ou encore utilisez le tchat de la plateforme : http://arretonslesviolences.gouv.fr/. N’hésitez pas à appeler si vous entendez des violences. Mieux vaut faire déplacer la Police pour rien que de laisser se faire une catastrophe. 

 

 

Voilà pour les infos pratiques. 

 

Un manque de formation pour les LGBT

On alerte sur les violences conjugales faites aux femmes et aux enfants. Mais on oublie que les couples gays et autres LGBT peuvent faire partis du lot. Malheureusement, lorsqu’une des deux personnes du couple se plaint, elle est rarement prise au sérieux. Et les victimes ne sont pas comptabilisées dans les violences faites aux femmes par exemple. 

« Cette question n’est traitée ni dans les enquêtes nationales ni par l’observatoire des violences faites aux femmes, déplore Laurène Chesnel, déléguée “familles” de l’Inter-LGBT. Mais il existe un important problème de prise en charge des victimes et de formation. »

 

« Vous savez vous défendre »

Ce point fait justement l’objet d’un autre amendement visant à étendre la formation des « acteurs impliqués ». L’élu charentais Raphaël Gérard évoque notamment les stéréotypes dont peuvent être victimes les personnes LGBT au moment de porter plainte. 

 

 

« Quand les policiers ou les gendarmes voient arriver une femme lesbienne ou un homme gay, au mieux ils minimisent – “c’est du crêpage de chignons entre filles” ; “vous êtes des mecs, vous savez vous défendre” – au pire ils refusent simplement de prendre la plainte […]. Ils sont démunis. » 

Mais mieux former ne suffit pas. Un troisième amendement, jugé irrecevable en raison d’une « subtilité rédactionnelle », prévoyait la création d’un « dispositif d’accompagnement dédié aux victimes » LGBT. C’est donc oralement que le député militera pour le « décloisonnement » du 39 19, destiné aux femmes. Ainsi que la création d’une nouvelle ligne d’écoute.

Mais pour certains, les problèmes de formation et dans les dispositifs d’accompagnement ne relèvent pas de leurs fonctions. La loi ne peut intervenir. Cette charge serait trop lourde pour les politiques. On se mord donc la queue en se renvoyant la balle. Car si on veut libérer la parole, il faut quand même des personnes capables d’écouter en face et formées… 

 

 

On espère que le confinement sera vite fini car si le Covid 19 rend malade et peut tuer, la transphobie et les violences conjugales aussi.

 

 

Source : Libération, Orne-gouv, Rockie, Charlie Hebdo, Europe 1, L’Express