Rencontre avec Florence Jacquet aka ​​Artsflorence

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Chez VivreTrans, on aime découvrir le parcours de personnes trans qui ont une expérience à partager. On se rappellera notre ange Sylvain Wojak à cette occasion. Certaines sont plus connues que d’autres, comme Caytlin Jenner affichée dans les média. D’autres défendent des causes encore plus vastes qui peuvent concerner les personnes transgenres mais aussi les cis, comme Florence Jacquet.

 

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Florence Jacquet (Alias ​​Artsflorence), artiste polymorphe, autrice, directrice artistique. Libre, engagée, humaniste, féministe, militante de longue date pour les droits LGBT, c’est une fervente défenseur des libertés. Cette femme aux multiples talents a exposée dans diverses parties du monde et remporté de nombreux prix internationaux.

Mon corps est à moi et peut être un moyen d’expression. Je traite dans mon travail de la liberté, de la discrimination, du féminisme, de la tolérance. 

Florence défend l’égalité, la liberté, la tolérance. En essayant de véhiculer une image et un message positif, en dénonçant et en luttant contre les inégalités. Elle travaille également sur des projets qui parlent de transidentité. Aujourd’hui, elle prend le temps pour échanger avec nous. Interview.

Bonjour Florence, ravie de pouvoir échanger avec vous. Pour que nos lecteurs vous connaissent un peu plus, pouvez-vous nous parler rapidement de votre parcours en tant que femme trans ? En tant qu’artiste ? 

Florence Jacquet : Bonjour, je suis également ravie.

C’est un sujet que j’ai très rarement évoqué en plus de deux décennies. Lorsque j’ai commencé, il n’y avait pas de ressources Internet et d’informations comme toutes celles que nous pouvons trouver de nos jours. Il fallait chercher seule, et c’était extrêmement difficile dans les provinces. Un véritable parcours de combattante. C’était une autre époque. Fort heureusement les choses ont énormément  évolué. 

My life, my world ! Trans is my life! 

Repousser les limites et expérimenter tout dans une suite discontinue, restant la plus grande performance artistique que j’ai réalisée. C’est celle de s’approprier son corps et en faire ce que je voulais. Comme il aurait dû être, en repoussant les limites toujours et toujours : se construire intégralement sans aides de l’état. Telle une guerrière, je me suis construite seule. Je ne suis redevable de rien à personne, m’étant construite dans une totale auto-détermination. Je suis une femme libre.

La transition est un moment important, qui fourni confiance en soi, acceptation.  Pendant des années j’étais focalisée que sur ça. Avec la transition, nous sommes des femmes en devenir au sens de Simone de Beauvoir  « On ne naît pas femme, on en devient une ». On reste la même personne (à l’intérieur), on devient juste plus épanouie. Ou plus tôt on est enfin comme on aurait dû toujours l’être avec les opérations de transition et de changement de sexe (genre).

Vivez votre vie, construisez la par vos propres moyens, rien n’est impossible. Appropriez-vous vos corps. On peu avoir plein de vie dans une vie et pleins de coups ce qui forge un personnage.

Naturellement attirée par les Arts dès mon plus jeune âge, j’ai rencontré le peintre international : Emile Mangiapan (un artiste passionnant qui a connu Picasso, Jean Cocteau, peint avec Utrillo à Montmartre…), qui m’a prise dans ses cours pour adultes considérant que mon niveau était égal aux adultes. Il me donna le déclic et l’amour de l’art. C’est donc tout naturellement que je me suis tournée vers des études en Arts : Ecole Supérieure des Arts Appliqués de Poitiers, communication visuelle. Puis Décoration à Paris, Peintre de décor et Make Up For Ever à Paris. J’ai été l’une des premières à montrer des techniques de peinture à l’artiste franco-belge Benjamin Spark et autres.

Féministe engagée en faveur des droits des femmes dans le monde et de l’égalité des sexes pour un monde meilleur et juste. Les humains font la culture, tout comme la culture fait les humains.

L’art se doit de rester libre, tout comme la pensée et l’esprit. Les arts ne doivent pas être pensés dans un  but de rentabilité et être un produit du capitalisme. Ils doivent être accessible à tous-tes.  L’art peut exprimer toutes sortes d’émotions et il peut facilement relier le personnel à l’universel, le quotidien au poétique. La passion, la curiosité, le courage, la nostalgie et le sens de la vie sont les éléments de l’art.

La pratique d’une activité artistique, mêlant l’intellect et le manuel permet de se libérer, d’évacuer les émotions, conduisant à des guérisons en disant et en racontant des choses, «art-thérapie». Pas seulement pour être un spectateur mais un acteur. La culture est un processus de développement spécifiquement humain. L’art tel que nous le concevons est celui mis en place par l’humain, tout être vivant est capable de création, de construction, d’harmonies … L’art est une perception humaine.

L’artiste comme la poétesse se doit de délivrer un message, donner des émotions, être engagé et ne pas hésiter à l’être pour de justes causes, traiter de sujets de société. Pour faire évoluer les mentalités de manière universelle. 

Dans mon travail, j’aborde l’appropriation de son corps, la métamorphose, la tolérance.

Les gens disent que mon travail  à un côté poétique de part l’émotion que ça dégage et de tout le symbolisme qui y est dissimulé. J’aime jouer avec les couleurs, les textures, les matières, avec un clin d’œil à la bande dessinée.  Je représente des femmes fortes, indépendantes, non soumises, je parle indirectement de ma vie, de mes vies et de mes expériences. La représentation de la femme contemporaine, un style rock n roll, provocateur, sensuel, plein d’énergie, une invitation aux rêves et aux fantasmes. Les visages, le regard car le regard est l’un des éléments qui est plein d’émotion, tout est dans le regard. La peinture peut-être poétique. 

Je traite de questions sociales, comme le handicap qui est thème universel. Quel que soit le handicap, les gens vivent tous-tes la même chose : l’isolement, l’abandon, l’exclusion. Je me suis engagée artistiquement pour la lutte contre le cancer, la leucémie, et d’autres. Dans mes travaux je parle de sexualité, prostitution, travail du sexe. Liberté des mœurs, de la sexualité,  des sens, de l’esprit, des désirs, briser les tabous.

Appropriez-vous votre corps et faites-en ce que vous en voulez en expérimentant les divers plaisirs.

Je traite dans mon travail de la liberté, de la discrimination, du féminisme, de la tolérance. S’exposer est un risque, c’est aussi s’affirmer, je ne me limite pas à m’identifier comme trans: je suis une femme, une femme trans, un être humain. Comme chaque être humain, les personnes Trans méritent respect et dignité. Je défends l’égalité, la liberté (s), la tolérance. J’essaye de véhiculer une image et un message positifs, en dénonçant et en luttant contre les inégalités.

 

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(1) La gardienne.

piaf-fetiche-florence-jacquet-artsflorence-vivretrans (2) Piaf Fétish

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(3) Crazy  

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Peinture, illustration pour le livre “Ma maman à moi”, que l’on m’a demandé de créer. Qui est le premier livre illustré, traitant du handicap d’un parent vu par son enfant. Livre pédagogique, traité de manière poétique.

 

Travaux make up artist, stylisme. pastedGraphic_5.pngpastedGraphic_6.pngpastedGraphic_7.pngpastedGraphic_8.pngpastedGraphic_9.pngpastedGraphic_10.pngpastedGraphic_11.pngpastedGraphic_12.png

 

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Avez-vous souvent été confronté à la transphobie ? Quelles autres discriminations avez-vous subi ? 

Florence Jacquet : Oui. Mais je ne préfère pas en parler. Mais je n’oublierais jamais. Je ne suis pas victimaire. Les coups forgent à jamais un personnage.  Je parle très peu de moi ouvertement, mais peut-être un jour je sortirais ma biographie que j’ai commencée à écrire par prise de note il y a déjà plus de 20 ans. Est-ce que tout est bon à raconter ? Je ne le pense pas, car ça relève de la vie privée. Beaucoup aimeraient, mais mes proches pas plus que ça.

Toute personne trans peut être victime de transphobie à n’importe quel moment de sa vie. Lorsque l’on a vécu le rejet, des violences physiques et ou verbales, des discriminations, il est très difficile de ne pas avoir de méfiances. Je suis une survivante de bien des choses, et l’on m’a souvent dit que je devais avoir une bonne étoile pour être encore là. Peut être l’instinct de survie et l’envie de vivre et la chance.

A notre époque, beaucoup ne portaient pas plainte et l’on ne le médiatisait pas, bien souvent nous n’en parlions pas et le gardions pour nous. De nos jours, beaucoup de personnes n’osent pas porter plainte pour tout un tas de raisons et parfois par peurs des risques de représailles pour eux où leur entourage. Parfois la police semble nier les faits, et ne prend pas la déposition et la plainte.  Hors dans les chiffres communiqués, seules les personnes qui ont déposé plaintes sont comptabilisées. Ne rien faire, ne rien dire, c’est leur donner raison. Ne vous laissez plus faire, ne restez plus dans le silence, portez plainte.

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La transidentité et être trans ne devrait plus être un problème, ni être un obstacle dans sa/la vie.

L’humain a un problème avec l’ambiguïté, la différence et la peur de l’inconnu. Pourtant, tout être vivant est différent et c’est la diversité et les différences qui enrichissent le monde. Les mentalités et la société avancent. Il ne devrait plus y avoir de blocage vis à vis de ce sujet. N’oublions pas que l’exclusion, sous toutes ses formes, a démontré à de très nombreuses reprises la face la plus sombre de l’humain. Il faut lutter contre toutes formes d’exclusions et précarités.  On doit trouver une place pour tous le monde dans la société, car tout le monde à sa place. Rappelons-nous que toutes formes de violences, de rejets, de discriminations, d’intolérances, de précarisation, d’homophobie, de transphobie, tout comme le racisme, et l’antisémitisme : peuvent tuer. 

L’éducation dès le plus jeune âge amènera, je l’espère progressivement une nouvelle génération qui sera moins sexiste, moins raciste, moins homophobe, transphobe [lgbt-phobe], solidaire et tolérante.

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© : Daniel Nassoy / painting, ambiance : Florence Jacquet. 

 

Vous êtes une fervente défenseure des libertés. Transidentité, féminisme sont vos chevaux de bataille. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

Le féminisme est une lutte qui nous concerne tous. L’une des formes d’inégalité les plus anciennes et les plus répandues dans le monde est l’inégalité entre les hommes et les femmes, qui n’aurait jamais dû exister.

Le féminisme c’est lutter pour les droits des minorités, des personnes LGBT, contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations… C’est l’Humanisme !  La société et la culture ont été construites par et pour les personnes cisgenres, qui sont la majorité, et pour les hommes. Il existe différents courants de féminisme, tout comme il existe différents mouvements transféministes. Tout le monde se bat contre le patriarcat, pour l’égalité.

Les droits des Trans sont des droits humains.

Les femmes trans sont des femmes, elles subissent le patriarcat dans toutes les variantes qu’il contient. Il faut rappeler aussi que la transidentité est indépendante de l’orientation sexuelle, certain-es pouvant être hétérosexuels, homosexuels, lesbiennes, bisexuels, asexuels : comme tout le reste de la population en général. Les femmes trans sont également victimes de transmisogynie : car femme et trans. Le sexisme, la misogynie et la transphobie conduisent à la discrimination des femmes trans et à la dévalorisation de la féminité en général. Les femmes vivent avec le regard de l’autre (des autres), il est difficile de s’affranchir du regard des autres.

Les droits des Trans, tout comme les droits des femmes et des minorités (LGBT+…), ce qui est acquis est fragile, tout peut changer du jour au lendemain. Il suffit d’un régime conservateur, autoritaire, extrémiste, dictatorial pour supprimer les droits, nos droits. La lutte est permanente pour l’égalité partout dans le monde.  

Le féminisme doit être inclusif. Le féminisme doit se faire avec les femmes trans, comme je l’ai rappelé dans une tribune dont je suis à l’initiative pour le journal Médiapart à propos des attaques de terfs vis à vis de personnes trans: 

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© Artsflorence / Florence Jacquet

 

Vous alertez aussi sur les dangers et les effets méconnus des chirurgies plastiques dont on ne parle pas ou peu. Vous parlez d’expérience. Pourriez-vous donner quelques détails pour prévenir ceux et celles qui nous liront ?

Ça fait des années que j’en parle et ne cesserai d’en parler. Les femmes trans généralement cherchent à avoir les formes parfaites, le corps parfait. Certaines ont tout fait. J’en fais partie. Mon corps a été une performance. Ainsi je suis devenue « une poupée de cire ».

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Plastic, peinture techniques mixtes © Artsflorence /Florence Jacquet

 

Arrêtez de faire des injections de silicone dans le corps. Beaucoup l’ont fait. 

Bien qu’interdites, certaines le font suivant des conseils, ou voudrait le faire. Pratique sauvage et chirurgie improvisée par certaines femmes trans. Nous sommes déjà assez nombreuses à vivre avec ce poison. 

Une minorité dans la minorité. C’est une pratique à risques. Un sujet « tabou ».

Les risques pour la santé sont nombreux.

Produit migrant dans le corps, crises inflammatoires très douloureuses, mélange dans le sang, risques d’embolie pulmonaire, nécroses, et bien pire.

Cela fait des années que je ne donne plus de conseils à qui le demande pour transition, opérations. J’en ai aidée des centaines et envoyez à associations. Mais, la seule chose que je conseil est de ne pas faire ce que beaucoup d’entre nous avons fait. Les personnes de la communauté qui continuent de pratiquer clandestinement cette pratique sont les seules responsables. Elles ne peuvent plus/pas être soutenues par qui que ce soit. 

Les jeunes générations de femmes [trans] ne doivent plus jouer à la roulette russe, et avoir le bon sens de ne pas le faire. Il existe maintenant d’autres alternatives, renseignez-vous. Votre corps vous appartient, mais votre santé et votre vie sont les vôtres.

 

Comment avez-vous transformé ceci dans votre art ? Dans vos combats ?  

De diverses manières. Actions contre les féminicides et violences faites aux femmes. Collages et actions renommer les noms de rue en victimes de transphobie pour Tdor. Une personne transgenre est tuée toutes les 26 heures dans le monde ( plus de 95% sont des femmes). Presque un mort par jour.

De plus en plus, je mets l’accent sur le militantisme en le reliant à l’art/création. Utilisant divers supports. Corps, textes, actions,…  

Je vais publier un ouvrage sur le « féminisme et matrimoine », qui est également un acte militant. Et je continue des travaux de recherches sur le sujet.