L’OMS retire la transidentité des maladies mentales

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Depuis le 25 mai dernier, l’Organisation Mondiale de la Santé (rattachée à l’ONU) a enfin voté l’adoption d’une nouvelle classification internationale des maladies (CIM). Désormais, la transidentité ne figure plus dans la liste des maladies mentales.

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De sérieux progrès

La France avait été bien en avance sur cette classification puisqu’en février 2010, elle avait été le premier pays  au monde à retirer “le transsexualisme” et les “troubles précoces de l’identité de genre” de la liste des affections psychiatriques. L’OMS a profité de la révision de sa classification internationale des maladies (qui n’avait pas bougé depuis le début des années 90) pour aller dans le même sens et retirer enfin la transidentité des maladies mentales. Dans la nouvelle classification internationale des maladies (CIM-11),on retrouve la transidentité sous le nom “d’incongruence de genre” dans le chapitre “santé sexuelle”. Elle n’est donc plus affiliée à une maladie mentale.

 

Une amélioration encore imparfaite

Cette avancée a été saluée en nombre, mais les associations ne sont pas entièrement satisfaites. L’un des “très gros problèmes” est que “le fait de lier (le transexualisme) aux maladies mentales est stigmatisant”, a expliqué Lale Say, en charge du département Santé reproductive et recherche à l’OMS, à l’AFP. Aussi, l’OMS s’attend à ce que la nouvelle classification du transexualisme “réduise la stigmatisation, ce qui pourrait contribuer à une meilleure acceptation de ces personnes par la société (…) et même augmenter leur accès aux soins de santé”, a-t-elle dit. Clémence Zamora-Cruz, porte-parole d’Inter LGBT, reconnaît qu’il s’agit clairement d’une “amélioration des questions trans” mais signale une décision “imparfaite“. “Le fait que la transidentité ne soit plus considérée comme une maladie mentale permet un pas de plus vers une dépathologisation, mais il faut désormais que cela se traduise en action.”

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Clémence Zamora-Cruz, également co-présidente de Transgender Europe, remet également en question le vocabulaire utilisé qu’elle estime toujours stigmatisant (notamment le terme “incongruence du genre”). “Avec ce mot, on donne l’impression qu’il y a toujours un problème avec la transidentité. Mais le vrai problème c’est la transphobie”, dénonce-t-elle.

L’autre problème est celui de la catégorisation de la transidentité dans le chapitre “santé sexuelle“. En effet cela pousse à regarder la transidentité simplement à travers le prisme de la sexualité, excluant ainsi toutes les problématiques d’accès aux soins des personnes trans. Cela “entretient l’amalgame pourtant dénoncé depuis des années entre le genre et la sexualité”, dénonce l’association T-Time.

 

Une “erreur historique”

De son côté, Jules co-président d’Outrans aimerait que cette décision ne reste pas sans effet dans la pratique. “Déjà la classification ne sera effective qu’en 2022, mais surtout elle ne peut pas tout changer. En France, les parcours de transition sont toujours très psychiatrisés, car non encadrés par la loi.” Dans les faits, il est très souvent demandé aux aux personnes trans de passer un examen psychiatrique avant de commencer une thérapie hormonale ou d’accéder à une chirurgie. “Cela peut causer une attente et une souffrance”, précise le co-président de Outrans.

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Il y a également dans la CIM-11 une définition (nouvellement incluse) qui pose particulièrement problème à la communauté. La question d’un diagnostic qui concerne les enfants trans pré pubertaire a été introduite : “L’incongruence doit persister pendant environ 2 ans. Le comportement déviant de genre et les préférences seules ne sont pas une base suffisante pour déterminer un diagnostic”, est-il écrit dans la CIM-11. Cela implique un suivi médical qui devrait être enclenché avant la puberté. Or, des enfants en bonne santé ne doivent pas être accablés par un processus de diagnostic. Ceux-ci préfèrent d’ailleurs limiter au maximum les consultation médicales et psychiatriques et pourrait donc être vécu comme une réelle contrainte qui nuirait plus qu’autre chose. Les enfants dans ce cas n’ont pas besoin de procédure médicale mais d’être soutenu par les gens de leur entourage de manière positive. Pour l’association féministe et trans, T-time, le terme de “diagnostic est une négation de l’autodétermination du genre des personnes, et est une erreur historique de la part de l’OMS qui se rend coupable en partie du mauvais traitement des personnes trans par les équipes dites ‘spécialisées’ à travers le monde.”

 

Une nouvelle classification qui va donc dans le sens d’une meilleure visibilité de la question trans et devrait faire avancer la société, bien qu’il reste encore des améliorations à lui apporter.

 

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