Valide, le roman auto-biographique de science fiction trans

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Pour son premier roman, Chris Bergeron règle ses comptes avec le système pour évoquer sa vie de femme trans. Valide nous plonge dans un roman de science fiction aux sonorités contemporaines. Bourré de références à la pop culture, cet ouvrage futuriste est l’occasion de parler de son vécu de femme trans. 

Qui est Chris Bergeron ?

L’autrice de Valide est d’abord passée par la publicité avant de devenir journaliste culturelle et rédactrice en chef de l’hebdomadaire « voir » à Montréal. Elle occupe désormais le poste de vice-présidente, expérience et contenu chez Cossette. Cette transition de carrière coïncide avec sa transition de genre. « Je n’avais pas l’impression qu’une journaliste trans, il y a 10 ans, c’était possible, alors j’ai abandonné mon rêve », explique la romancière. Elle qualifie d’ailleurs son roman de transgenre, allant d’un genre littéraire à un autre.

Valide: un univers pas si fictif que cela

S’il est qualifié de roman autobiographique de science fiction, le contexte qu’il propose n’est finalement pas si éloigné que cela de notre monde actuel. On se projette 30 ans dans l’avenir, dans un monde gouverné par l’intelligence artificielle Total David. Les êtres humains sont alors confinés et n’ont droit qu’à quelques heures de sortie par jour. « Ce sentiment de vivre dans une bulle qui est dans le roman, et qui est venu avant la pandémie, c’est pour bien des femmes trans ce qu’elles vivent au quotidien. Valide est un roman de science-fiction et d’anticipation, mais c’est aussi une allégorie d’aujourd’hui. Ce que j’ai essayé de décrire, c’est cet isolement, ce sentiment que la société n’est peut-être pas construite pour moi. » Ecrit par petites touches durant 2 années, la pandémie a éclaté en plein milieu. Il y avait alors un effet de miroir entre son récit et la société qui était en train de changer pour s’adapter. Valide raconte l’histoire d’un homme devenu femme qui va mener une révolution pour sortir du joug de l’intelligence artificielle qui tente de la maintenir enfermée. Enfermée physiquement par un confinement stricte, mais aussi psychologiquement dans des règles qui ne laissent aucune place à la différence. 

valide - vivre trans

Virus et privation de libertés

Son roman fait écho à l’actualité en imaginant un monde pas si lointain, en 2045 ou des virus grippaux forceraient à des confinements saisonniers. A cela s’ajoute les dérèglements climatiques qui rongent ce monde dans des conditions météorologiques extrêmes. Tout ceci va conduire à des privations de libertés individuelles et à un état de surveillance. Le tout, contrôlé par une intelligence artificielle qui se cache sous la forme d’un assistant personnel auquel les hommes doivent se soumettre et rendre des comptes à chaque minute de leur existence. Le but affiché étant celui de sauver la planète, la soumission est grande. Mais on est en droit de se questionner sur les véritables ambitions de la multi-nationale qui a créé cette IA et qui cause une telle discrimination.

Individualisme et communication au coeur du livre valide

Ce roman se veut également une réflexion philosophique sur l’état des relations interpersonnelles. Malgré l’avènement de nombreux outils de communications, les gens se sentent de plus en plus seuls. L’auteur parle même de « disette affective » pour qualifier ce sentiment qu’elle ressent dans notre société pourtant hyper connectée. Avec le télé-travail qui se généralise et la migration des gens de la ville vers la campagne, la romancière craint que cela amplifie notre dépendance aux écrans et nous isole davantage. Elle appuie d’ailleurs sur la peur en décrivant un futur dominé par l’individualisme et la paranoïa. Elle explore ainsi l’IA comme une solution possible à ces problèmes. 

Une critique de la peur de l’autre

Ce roman est aussi l’occasion de montrer un avenir bien sombre pour la communauté LGBT et particulièrement les personnes trans. En effet dans l’histoire, afin de s’adapter à ce nouveau régime dominé par l’intelligence artificielle, l’héroïne Christelle est forcée de redevenir Christian et d’effacer toute trace de son passé. Ceci fait écho à une réalité vécue au quotidien par les personnes transgenres qui est la peur de ne pas être acceptée par notre société. Celle de perdre son travail si elles décident de transitionner, celle de ne plus exister au sein de la société. C’est aussi en quelque sorte une auto-critique que souhaite adresser Chris Bergeron dans Valide. Elle regrette en effet de s’être cachée pendant 40 ans en espérant pouvoir continuer à monter les échelons professionnels. Elle se dit que cela est une façon de contribuer au système qu’elle souhaite désormais dénoncer. Un regret de ne pas en avoir fait assez pour la communauté trans qui sera sans doute apaisé par le succès réservé à son livre Valide depuis sa sortie le 31 mars.

Valide, Chris Bergeron, XYZ, Montréal, 2021, 271 pages

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