Les Muxes, le troisième genre du Mexique

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Ivonne, muxe, en taxi, en route pour une fête à Mexico (AP Photo/Gabriela Sanchez)

Les Muxes, prononcé « mouchés » (pour mujer) font partie intégrante de la culture des Zapotèques de l’État de Oaxaca situé dans le sud de l’actuel Mexique. Pourtant leur apparition dans la société mexicaine n’est pas si ancienne que cela. Et elle n’est souvent acceptée qu’en apparence. 

 

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Ivonne, muxe, en taxi, en route pour une fête à Mexico
(AP Photo/Gabriela Sanchez)

 

Le rôle des Muxes nous rappellera celui de leurs « homologues » dans d’autres communautés comme les Katoyes, les Mahu ou les Rae Rae par exemple. Ce sont souvent des personnes nées assignées garçons mais qui sont associées au genre féminin de par leur attitude et leur genre affiché. De plus, ils ont un rôle fondamental dans la société. 

 

Muxes, une origine plutôt récente

Effectivement, l’apparition des Muxes dans la communauté Zapotèque date du 17ème siècle. Une apparition assez récente quand on compare à d’autres civilisations qui ont compté les « mignons » et autres depuis bien longtemps dans leurs rangs. La différence avec les autres cultures est que dans cette communauté, le troisième genre est accepté (enfin plus ou moins). On ne parle même pas de genre et on ne s’interroge pas sur le sens d’une telle identité car elle est culturellement acceptée dans les familles. Pour certaines, avoir un Muxe est même une bénédiction car ils auront quelqu’un pour leur tenir compagnie lors de leurs vieux jours. 

 

 

Cette tradition remontant à l’époque précolombienne a subi quelques affres avec l’arrivée du catholicisme et la stigmatisation de l’homosexualité. Avant cela, leur place était acquise. Elle recenserait environ 6% des hommes de la communauté Zapotèque au début des années 70, et ils appartiennent souvent aux classes sociales les plus pauvres. 

 

Plusieurs profils existants

Si les Muxes sont souvent les derniers de la famille et éduqués comme une fille, ils ne sont pour autant pas toujours habillés comme telle. On peut retrouver les vestidas, celles qui portent les vêtements féminins ou les pintadas, qui restent habillées en garçons tout en portant du maquillage. Mais la majorité est vêtue comme les femmes, surtout depuis les années 1950, suite à la colonisation espagnole. Elles sont aussi considérées comme des porte-bonheur. 

« Ce qui nous différencie des homosexuels, des travestis ou des transgenres, c’est que nous naissons dans l’isthme de Tehuantepec, et nos premiers mots sont prononcés dans la langue de cette région où la distinction de genre n’existe pas », explique Elvis Guerra, muxe, poète et traducteur de zapotèque. Il n’existe pas non plus de processus de coming out. « Se découvrir muxe est une démarche collective qui a lieu au sein de la famille et de la société. Mais ces deux entités attendent de nous que nous adoptions des règles et des rôles bien définis. »

Jusqu’au milieu des années 1970, les muxes ne portaient pas de vêtements féminins. Cela se passait parfois en cachette, à la maison, avec les habits des mamans. Quand les téléviseurs se sont répandus, ça nous a ouverts au monde, l’inspiration et le souffle de libération sont arrivés de l’Occident et nous les avons adaptés à leur culture.

 

Un genre attribué dès l’enfance

Dès leur plus jeune âge, poussées par la mère, les muxes sont éduquées avec les manières, les habits, le maquillage et les occupations des autres femmes. Elles sont assimilées à tous ce qui est féminin. Ce rôle est attribué au dernier d’une fratrie et considéré comme le « meilleur des fils » (le paradoxe) car il restera à la maison avec les parents au lieu de partir et de se marier. 

 

 

On leur alloue donc le rôle des filles, en leur apprenant la broderie, faire le ménage, le marché et toute attribution qu’une fille doit habituellement faire dans sa famille. Et quand la grand-mère ou la mère meurt, ils héritent de leur autorité morale devenant l’élément unificateur de la famille.

 

Une acceptation dans la société de façade

Ils avaient aussi traditionnellement le rôle d’initier les autres garçons au sexe. Un paradoxe là encore car l’homosexualité n’est pas forcément bien acceptée. Pourtant, la très grande majorité des hommes vont perdre leur virginité avec une muxe. Si cela est socialement accepté, la muxe, elle ne pourra avoir de relations avec une autre muxe ou une relation officielle avec un autre homme. Elle pourra par contre se marier et avoir des enfants, tout en entretenant des relations hors mariage avec un homme. 

 

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Estrella Vasquez, une « muxe » qui fait la couverture du magazine « Vogue », pose pour une photo alors qu’elle peint un huipil, un vêtement traditionnel utilisé sur l’isthme de Tehuantepec, chez elle, à Juchitan, dans l’Etat d’Oaxaca, au Mexique, le 19 novembre 2019. JOSE DE JESUS CORTES / REUTERS

 

Paola (née José) Lopez et sa longue jupe rose parcourt les échoppes avec son panier d’encas cuisinés à l’aube. « Je me sens acceptée ici, du moins tant que je ne m’affiche pas avec un partenaire, confie-t-elle. Si j’étais en couple, les gens ne voudraient plus m’acheter ma cuisine parce qu’ils la jugeraient non hygiénique. » Pour les muxes, le célibat de façade est implicitement de rigueur, entre tabous et non-dits. Deux muxes vestidas (c’est à dire habillées comme des femmes, ndlr), par exemple, ne peuvent pas former un couple. « Leur image les apparente à des femmes, et l’homosexualité féminine n’est pas tolérée, constate Amurabi Mendez. Il est d’ailleurs entendu que tous les muxes pratiquent une sexualité passive, ce qui rend théoriquement toute relation sexuelle entre eux impossible. »

 

Sur le papier, la place de muxe peut paraître agréable mais il n’en est rien. beaucoup témoignent d’une vie de solitude et de sacrifices, et qui n’est pas toujours bien acceptée par la société alors que chacun en profite. Le Mexique est toujours considéré comme un pays dangereux, violent et homophobe. 

 

 

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