Tahiti : Mahu et Rae Rae, deux profils bien différents…

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Les personnes transgenres existent dans toutes les cultures et chacune a sa spécificité. Et il est important de bien définir les profils de chacun, afin de ne pas tout mélanger et faire des amalgames rapides, comme beaucoup ont tendance à le faire.

 

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SI certains journaux paraissent sérieux, cela n’empêche pas parfois le grand n’importe quoi, comme le journal Le Monde qui consacrait en 2005 un article sur les « hommes douceur de Tahiti », galvaudant allègrement les termes « Mahu » et « Rae Rae » qui pourtant ne désignent pas tout à fait les mêmes profils en Polynésie. Les différences sont même majeures. Point culture avec Vivre Trans.

 

Les Mahu : ni homme ni femme

Les Mahs appartiennent à une catégorie bien particulière. Ne se considérant ni homme ni femme, ils sont totalement acceptés dans leur communauté. Dans la légende, ils se considèrent comme des femmes prisonnières dans des corps d’hommes, et pour autant ne se reconnaissant ni dans l’un ni dans l’autre.

Bien qu’il soient plutôt efféminés et ont d’ailleurs adopté les activités réservées aux femmes, il n’en demeure pas moins que leur « genre » ne définisse en rien leur activité sexuelle (cela vous rappelle quelque chose ?). Ils ne sont d’ailleurs absolument pas catégorisés en fonction de cette dernière.

Si on pourrait les comparer aux travestis européens, il n’en est rien car à part cette légère ressemblance, les similitudes s’arrêtent là. Ce qu’il faut surtout noter, c’est qu’ils sont entièrement acceptés par leur communauté.

Contrairement à notre société dite « civilisée », on constate que de nombreuses sociétés dites « primitives » sont en réalité bien plus tolérantes que la nôtre, particulièrement lorsqu’un homme est efféminé. Ici, ces jeunes garçons androgynes bénéficiaient dès leur plus jeune âge, lorsque leur féminité était détectée, d’attentions particulières. Non seulement on leur offrait une place sécurisante dans la société, mais ils avaient quelquefois le privilège d’assumer un rôle sacré.

 

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Acceptés et intégrés dans leur communauté

Les Mahu font donc partie intégrante de la culture polynésienne. Ils s’inscrivent dans une structure sociale organisée en fonction de règles bien précises et admises par tous. Ce genre reconnu a permis de les intégrer dans la société au lieu de les marginaliser. Et c’est d’ailleurs dès l’adolescence que tout commence.

À l’apparition de leur comportement efféminé, on les traitait différemment, en concordance avec leur sensibilité et les rites initiatiques étaient adaptés : pas d’épreuves physiques, pas de guerre, ni de chasse pour eux. Les femmes leur inculquaient la féminité, les anciens Mahu, la pratique des hommes. À l’âge adulte, ils devaient suivre les mêmes règles que les femmes ainsi que les mêmes tâches. Si leurs droits religieux et politiques étaient inexistants, ils étaient cependant respectés et avaient une vie relativement protégée. Au moins, ils n’étaient pas sacrifiés aux Dieux, contrairement aux femmes !

Concernant le sexe, ils n’avaient pas forcément de préférence pour l’un des deux sexes, aussi surprenant que cela puisse paraître. Cependant, si cela arrivait, il était plus courant que ce soit avec de jeunes garçons qui avaient besoin de se « soulager », les filles étant plus rares. Il faut quand même souligner que l’homosexualité n’a pas du tout la même connotation dans la culture polynésienne à l’époque que chez nous occidentaux. Il n’existe aucun sentiment de culpabilité. Ce type de rapport étant parfaitement reconnu par la morale naturelle. Donc pas de filles pour les Mahu mais le rapport sexuel n’était pas non plus comme on l’envisage aujourd’hui.

Pour faire simple, le rapport sexuel avec des hommes était fortuit et consistait essentiellement en une fellation. Le Mahu à l’issu de la jouissance du partenaire recrachait la semence. Quelquefois, il avalait car d’après les croyances le sperme transmettait la force et la vitalité de l’homme. Le ou les partenaires une fois satisfait chacun repartait à ses occupations. Les sentiments n’existaient pas dans ces contacts rapides. La sodomie était inexistante aussi, elle n’apparut qu’avec les premiers homosexuels européens.

 

Une origine venant d’une croyance ancestrale

Il semblerait que l’origine des Mahu est apparue avec l’impureté des femmes. Ces dernières devenant impures lorsqu’elles avaient leurs règles, elles ne pouvaient rien toucher et devaient donc être remplacer à la maison pour les tâches quotidiennes. Ils devinrent donc les « demi-féminins » afin de les remplacer. Comme ils étaient aussi asexués, cela évitait les risques d’adultères.

Mais on n’a aucune garantie de l’origine véritable des Mahu donc de nombreuses hypothèses se bousculent.

 

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Une autre consiste d’ailleurs dans le fait que la source serait liée aux guerres tribales. Les vainqueurs massacrant les hommes des tribus vaincus, les femmes déguisaient leurs fils en petites filles. Les vainqueurs n’y voyaient que du feu, et à la puberté, le Mahu avait pour mission de reproduire la tribu.

En tout cas, si toutes ces périodes difficiles sont loin derrière eux, le Mahu est resté en Polynésie et est bien ancré dans la société, contrairement aux Rae Rae.

 

Les Rae Rae, plus définis par leur attitude et leur orientation sexuelle que les Mahu

Si le Mahu est respecté dans la société polynésienne, c’est différent pour le Rae Rae. Plus proche du profil « transgenre » d’Occident, ils se sentent femmes dans un corps d’hommes, et se comportent totalement comme telles, voire jusqu’à l’outrance. On les appelle là-bas le « troisième sexe » et sont souvent rejetés et condamnés à la prostitution pour survivre, leur activité sexuelle les définissant avant tout autre chose.

 

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Ils sont apparus avec les premiers homosexuels européens et ils cherchent avant tout à plaire par dessus tout. Les Rae Rae prennent des hormones et se font parfois opérer afin d’obtenir une réassignation d’identité. Elles cultivent leur look afin de ressembler à des femmes, mais pas à n’importe qu’elle femme, une femme ultra sophistiquée. Elles sont surnommées les reines de la nuit (éloquent). Appelé également les « hommes douceur » et malgré une apparente acceptation, ils ont du mal à trouver leur place dans une société où la virilité reste une valeur extrême.

Rien d’étonnant à ce que les Rae Rae évoluent aux frontières de la délinquance. Ils affabulent facilement et dénaturent les faits pour se mettre en valeur. Généralement issus d’un milieu modeste, désormais incompris et maltraités lors de leur enfance, les Rae Rae fuient la maison familiale très jeune. Ils approchent les hommes de façon provocante et intéressée pour un verre, une robe. Toujours court vêtus et excessivement maquillés, ils exhibent fesses rondes et poitrine suggestive. Ils vivent du trottoir.

 

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Pour la personne transgenre, il s’agit non seulement d’être belle, mais surtout de paraître vraie femme. Les Rae Rae fréquentent les homosexuels parce qu’ils rencontrent les mêmes problèmes d’exclusion et de marginalité qu’eux, mais leurs relations ne deviennent jamais sexuelles. Les prostituées, en revanche, se plaignent de la concurrence des Rae Rae. Par dépit, elles traitent les « trans » et leurs clients de « pédés ». Un peu de transphobie ?! En tout cas, il est facile d’en rencontrer si vous le souhaitez.

 

Bien que les apparences soient proches, les traitements des deux statuts sont totalement différents. Avec si peu, le respect n’est pourtant pas le même.

 

 

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